Travis Kling, MD & Michael Schick, DO
Department of Emergency Medicine, University of California, Davis
Traductrice :
Neïsha Etienne
Histoire
Une fillette de 6 ans partiellement vaccinée, sans antécédents médicaux significatifs, se présente au service d'urgence d'un hôpital de district en Ouganda rural. Sa mère rapporte qu'elle a une toux qui s'aggrave progressivement depuis 4 jours et semble parfois avoir des difficultés à respirer. Elle a également eu une fièvre qui a été prise en charge à domicile avec du paracétamol. Il est à noter que la patiente est en vacances scolaires et n'a eu aucune exposition connue à un (potentiel) malade.
Examen Physique
| Pression artérielle | Fréquence cardiaque | Fréquence respiratoire | Saturation en Oxygène | Température |
|---|---|---|---|---|
| 105/64 | 130 | 30 | 90% AA | 39.7 C |
État général :
Fillette d'apparence maladive, en détresse respiratoire légère, par ailleurs agissant comme une enfant de son âge.
Examen cardiovasculaire :
Tachycardie à rythme régulier, pas de souffle appréciable.
Examen respiratoire :
Légèrement tachypnée avec quelques rétractions intercostales. Ronchi audibles au lobe inférieur droit. Pas de respiration sifflante perceptible.
Peau :
Pas d'éruptions ou de lésions cutanées. Teint normal, pas de pâleur.
Imagerie et résultats de laboratoire
Formule sanguine complète
: Globules blancs 17.2 ; Hémoglobine 12 ; Plaquettes normales
Test rapide de malaria
: Négatif
Diagnostic différentiel clinique
1- Pneumonie bactérienne
2- Pneumonie virale
3- Empyème
4- État septique
5- Aspiration de corps étrangers
6- Exacerbation d'asthme
7- Tumeur maligne
8- Pneumopathie
Trouvailles à l'échographie
L'échographie du poumon droit montre des champs pulmonaires supérieurs normaux avec une transition vers des lignes B diffuses dans le poumon inférieur droit (jonction de consolidation), indiquant un processus interstitiel focal.
Poumon inférieur droit avec bronchogrammes aériens suggérant un processus de consolidation plutôt qu'un collapsus lobaire.
L'hépatisation du poumon inférieur droit avec des bronchogrammes aériens ainsi que la visualisation de la colonne vertébrale indiquent un processus de consolidation.
Diagnostic différentiel à l'imagerie
1- Pneumonie lobaire
2- Tumeur maligne
Evolution clinique et/ou Prise en charge
Le patient a reçu de l'oxygène supplémentaire à travers une canule nasale qui améliora sa saturation en oxygène et sa respiration laborieuse. Le traitement de la septicémie a été initié avec des antibiotiques empiriques contre les agents pathogènes les plus probables, après que le diagnostic échographique de septicémie secondaire à une pneumonie communautaire bactérienne fut posé. Elle a été renvoyée de l'hôpital le quatrième jour et ses symptômes avaient complètement disparu lors de son rendez-vous de suivi deux semaines plus tard.
Diagnostic
Pneumonie bactérienne lobaire
Discussion
La pneumonie est une cause majeure de décès, en particulier dans les milieux à ressources limitées où les jeunes enfants et les personnes âgées sont particulièrement à risque. Chez les enfants de moins de cinq ans, la pneumonie est la principale cause de décès de maladies infectieuses dans le monde, comptant pour environ 15% de tous les décès annuels dans ce groupe d'âge. Malgré l'avènement des vaccins contre de nombreuses souches de S. pneumonia et H. influenzae , ces deux organismes demeurent les principales causes de pneumonie dans le monde, en particulier dans les populations ayant un accès limité aux soins. De plus, des facteurs tels que la pollution de l'air intérieur, l'exposition à la fumée et la comorbidité du VIH rendent les personnes vivant dans des communautés en développement plus susceptibles de contracter et de succomber à la pneumonie.
La modalité radiographique la plus souvent utilisée pour diagnostiquer la pneumonie est la radiographie du thorax, bien qu'elle soit limitée en ce qui concerne sa capacité à différencier les processus de consolidation (tels que la pneumonie) d'autres processus interstitiels (tels que l'atélectasie). De plus, les trouvailles radiographiques apparaissent généralement tardivement, 24 à 48 heures après l'apparition des symptômes cliniques. Alors que les textes de littérature comparant l'échographie et la radiographie thoraciques à la tomodensitométrie sont plutôt rare, la plupart des sources conviennent que l'échographie thoracique est au moins comparable, sinon supérieure, à la radiographie. Dans les études comparant les deux modalités à la tomodensitométrie, il a été noté que l'échographie avait une sensibilité de 90 à 100% et une spécificité de 80 à 90%, ce qui est supérieur à la sensibilité et à la spécificité de la radiographie thoracique d'environ 75 à 85% et de 50 à 75 %, respectivement. L'échographie s'est avérée particulièrement utile pour révéler des consolidations inférieures à un centimètre, augmentant ainsi sa sensibilité, et pour différencier la pneumonie de l'atélectasie, augmentant ainsi sa spécificité. L'échographie est cependant moins efficace dans le diagnostic des pneumonies qui ne s'étendent pas à la plèvre, car le tissu pulmonaire bien aéré environnant ne permet pas aux faisceaux d'ultrasons de visualiser la consolidation.
Les trouvailles à l'échographie suggérant une pneumonie comprennent la présence de bronchogrammes aériens dans une zone focale du poumon et l'unilatéralité de ces trouvailles, aidant ainsi à différencier la pneumonie d'autres processus d'infiltration tels que l'épanchement. Des marges mal définies suggèrent également une consolidation, avec remplacement des lignes A habituelles formées par la diffusion des faisceaux d'ultrasons par une "hépatisation" ou densité de type hépatique due à la pénétration des faisceaux dans le poumon malade. Enfin, le « signe de la colonne vertébrale », ou visualisation des corps vertébraux au-dessus du diaphragme, suggère aussi une consolidation, car la colonne vertébrale n'est visible que lorsqu'un processus de consolidation a remplacé un poumon bien aéré.
Dans les milieux à ressources limitées, l'utilité de l'échographie est indispensable dans le diagnostic de la pneumonie. Sa nature portative permet son utilisation au chevet du patient facilitant la prise de décisions relatives au traitement beaucoup plus rapidement que lorsque les patients doivent être transportés ailleurs pour une radiographie thoracique. En outre, l'échographie est moins chère et plus largement disponible que les équipements à rayons X, ce qui permet la dispensation de soins efficaces à moindres coûts au sein de systèmes de santé à court d'argent. Moyennant une amélioration de la formation des praticiens et une utilisation plus répandue, l'échographie a le potentiel d'améliorer la rapidité et la précision du diagnostic dans la prise en charge de la pneumonie.
Références